Luz-Saint-Sauveur
lieu d'un horrible accident
Le chemin a été grandement amélioré, grâce à des travaux gigantesques. Des plaques sur la roche, encore visibles de nos jours, témoignent de ces travaux.
Autant dire qu'en se penchant par-dessus le parapet, le touriste en était pour de fortes sensations.
Un autocar d'excursion pour Gavarnie de la même époque.
Tout le monde (ou presque) connaît le célèbre Pont Napoléon à Luz-Saint-Sauveur, du nom de Napoléon III qui le finança. A 300 mètres du pont se trouve un endroit vertigineux qu'on appelait autrefois "Pas de l'Echelle". Pas voulant dire "passage".
Malheureusement, le 13 août 1923, eut lieu un horrible accident de la circulation qui tua 22 personnes. C'est à notre connaissance, l'accident de la route le plus meurtrier ayant eu lieu dans les Hautes-Pyrénées.
Jusqu'en 1859 où eurent lieu les travaux de la route du Tourmalet, ce passage était le seul chemin possible pour se rendre de Luz à la montagne. Ce chemin était étroit et mal entretenu. Le Pas de l'Echelle en était l'endroit le plus dangereux, passage périlleux s'il en est. C'est même un lieu historique dans la défense du pays Toy contre les miquelets, brigands venus d'Espagne (bataille du 14 septembre 1708).

On l'appelait "Echelle" à cause des rochers taillés en gradins qu'il fallait monter ou descendre.
On doit pouvoir trouver sans mal dans les journaux de l'époque le compte-rendu de l'accident. Un livre remarquablement écrit par un journaliste allemand, Kurt Tucholsky, en 1930, nous raconte l'accident (Livre des Pyrénées, page 155) : "La route passe par le pont Napoléon, un arc qui enjambe le gave de très haut. A trois cents mètres de là, la route monte encore et le bas-côté domine un précipice de soixante-dix mètres. - C'est là que vingt-deux personnes ont trouvé la mort. Vingt-deux Hollandais venus de Lourdes à Gavarnie, revenaient du Cirque, hommes et femmes, joyeux d'avoir fait une agréable excursion. Ils longèrent leur tombeau pendant une demi-heure. Qu'est-il arrivé au chauffeur, connu dans toute la région comme un conducteur sûr ? On n'en sait rien. Toujours est-il que le lourd véhicule passa par-dessus la murette et s'écrasa soixante-dix mètres plus bas. Un seul passager, tombé dans l'eau, s'en tira sain et sauf. Il se réfugia dans une sorte de petite grotte formée dans le rocher, mais il ne fallait pas songer à grimper jusqu'en haut le soir-même. Un étudiant français courageux se fit descendre jusqu'en bas et apporta du rhum et du sucre au malheureux qui était déjà à moitié fou. Il resta seul toute la nuit. Le lendemain matin, on le remonta. Il vit encore aujourd'hui en Hollande. Il fallut rechercher les morts un par un ; quant au chauffeur, on le retrouva trois mois après, le courant l'avait emporté. Le châssis du car, vrai squelette de fer, est toujours au fond du précipice ; en se penchant un peu sur la murette on peut l'apercevoir à travers les broussailles."
Voilà comment on retira le survivant de la catastrophe de Saint-Sauveur :
Un filin a été tendu entre le précipice et le haut de la route. Une équipe accrocha une sorte de hamac au filin et une deuxième équipe placée plus haut remonta le hamac.
En 1923, l'endroit exact où l'autocar, brisant le parapet, tomba dans le Gave.
Des cartes postales montrèrent l'endroit de l'accident. Le "Pas de l'Echelle" a été rebaptisé "Gouffre de l'Echelle" ; c'est beaucoup plus évocateur !
Sur cette carte postale de 1947 que nous avons retrouvée, on lit une description (exagérée) de l'accident :
Le Gouffre de l'Echelle
De nos jours, l'endroit de l'accident s'appelle (avec beaucoup de mauvais goût) "Saut des Hollandais".

Désormais, nul doute que vous aurez une pensée pour ces pauvres malheureux en passant près du pont Napoléon !
Si vous possédez une photo de l'autobus tombé en bas du ravin, nous sommes preneurs !
Victor Hugo en donne une description en 1843 : "Quand les miquelets et les contrebandiers espagnols arrivaient d'Aragon par la brèche de Roland et par le noir et hideux sentier de Gavarnie, ils apercevaient tout à coup, à l'extrémité de la gorge obscure, une grande clarté, comme est la porte d'une cave à ceux qui sont dedans. Ils se hâtaient et trouvaient un gros bourg éclairé de soleil et vivant. Ce bourg, ils l'ont bien nommé : Lumière, Luz."
Le gouffre de l'Echelle aujourd'hui.
Enfin, notez que le deuxième accident le plus meurtrier dans notre département survint le 19 octobre 1979 : un car espagnol franchit la barrière du passage à niveau de Séméac quand arriva le train : 19 morts.
Une stèle est présente sur les lieux de l'accident.
Quelques précisions données par "Le Lavedan pittoresque"  publié en 1924 : "A 100 mètres du pont, le 13 août 1923, un autocar venant de Gavarnie et contenant 23 touristes hollandais tomba, on ne saura jamais pour quelle cause, dans le gave, d'une hauteur de 80 mètres. Le Gave est particulièrement escarpé en cet endroit et les eaux grondent au fond d'un couloir dont les parois sont à peu près verticales. Tous les voyageurs furent noyés à l'exception d'un seul, M. de Kueypers, âgé de 23 ans, qui n'eut aucune lésion. Le Gave garda quelques-unes de ses victimes pendant plusieurs jours. Les trois dernières, parmi lesquelles se trouvait le conducteur de l'auto-car, Augé, furent retrouvés seulement le 19 septembre."
Le Pas de l'Echelle vers 1841-1842 (lithographie de Jacottet).
M. Joep Haffmans, des Pays-Bas, a eu l'amabilité de nous envoyer la photo ci-contre d'un objet figurant dans sa collection.

Après le grave accident du Pas de l'Echelle, une médaille ou une plaquette a été fabriquée en Hollande, puis elle fut remise aux sept sauveteurs de Saint-Sauveur. Elle mesure 13 x 9 cm et est faite de bronze. Elle fut modelée par Chris van der Hoef, un médailleur d 'époque art-déco, assez connu en Hollande. On trouve son monogramme en bas de la plaquette.

On peut lire dans les anciens journaux néerlandais que la plaquette a été attribuée à M. H.Hourcadet, un électricien de Luz, et à M. Gaston Blavet, un jeune industriel de Lourdes. Il y a cinq autres sauveteurs, dont M. Joep Haffmans ne connait pas les noms. Si vous possédez d'autres renseignements, notre site les publiera avec plaisir.
Ce n'est pas la première fois qu'un véhicule basculait dans le vide dans nos montagnes. Voici ce qu'on pouvait lire dans le "Petit Journal" d'août 1901 : "Il faut encore déplorer un terrible accident qui s'est produit au retour d'une excursion dans les Pyrénées. Quatre touristes revenaient vers Cauterets d'une promenade au pont d'Espagne, lorque leur voiture, attelée de deux chevaux, versa dans un ravin assez profond. L'un des excursionnistes, le R.P. jésuite Baton, de Pau, a été tué sur le coup : les trois autres, ainsi que le cocher de la voiture, ont été grièvement blessés."
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